
Deuil après amputation : pleurer le corps que l'on a perdu

Caro Jestin
Psychopraticienne · Cagnes-sur-Mer
Un deuil que personne ne nomme
Vous vous réveillez, et quelque chose manque. Pas seulement un bras, une jambe, un sein ou un organe : une manière d'être au monde, de vous reconnaître dans le miroir, de faire les gestes du quotidien sans y penser.
On vous dit peut-être que vous avez « de la chance » d'être en vie, que l'opération était nécessaire. Cela peut être vrai, et pourtant la tristesse est là. Les deux peuvent coexister.
Ce que certaines personnes décrivent
- Une tristesse qui revient par vagues, parfois sans prévenir
- De la colère, contre la maladie, l'accident, parfois contre soi ou contre les soignants
- Un sentiment de honte ou le besoin de cacher son corps
- L'impression d'être étranger à soi-même
- De la culpabilité à se plaindre, puisque « ça aurait pu être pire »
- Des sensations dans la partie absente du corps, qu'il est important de signaler à un médecin
Pourquoi parler de deuil ?
Le deuil n'est pas réservé au décès d'un proche. Il peut accompagner toute perte importante. Ici, la perte touche le corps, l'image de soi, parfois l'autonomie, le travail ou les projets.
Comme la personne est bien présente, l'entourage ne perçoit pas toujours cette perte. On parle alors de deuil non reconnu : il n'y a ni rituel, ni place dans les conversations pour l'exprimer.
Pleurer ce qui a été perdu n'est ni un manque de courage, ni de la reconnaissance en moins envers l'équipe médicale. C'est une réponse humaine à une perte réelle.
Je ne cherche pas à vous dire comment vous devriez vous sentir. Il n'existe pas de calendrier : certaines personnes ressentent le choc tout de suite, d'autres des mois, voire des années plus tard.
Des repères pour avancer à votre rythme
Il n'y a pas de bonne façon de traverser ce deuil. Certaines personnes trouvent toutefois utiles quelques repères, qui peuvent contribuer à se sentir moins seul face à ce qui se passe.
Trois pistes que l'on rencontre souvent
- Nommer la perte. Dire « j'ai perdu quelque chose d'important » plutôt que « je dois passer à autre chose ».
- Accueillir les émotions contradictoires. Soulagement, tristesse et colère peuvent se succéder dans la même journée.
- Choisir qui entend quoi. Tout le monde n'est pas en mesure d'écouter. Identifier une ou deux personnes de confiance peut aider.
Un exercice d'écriture de 10 minutes
Cet exercice est une invitation, pas une obligation. Vous pouvez l'arrêter à tout moment.
- Asseyez-vous, les pieds bien posés au sol. Inspirez 4 secondes par le nez, expirez 6 secondes par la bouche. Répétez 5 fois.
- Réglez un minuteur sur 10 minutes et prenez une feuille.
- Complétez, sans vous censurer, ces trois phrases, autant de fois que des mots viennent :
- « Mon corps me permettait de... »
- « Ce qui me manque le plus, c'est... »
- « En écrivant cela, je ressens... »
- Quand le minuteur sonne, posez le stylo. Placez une main au centre de la poitrine et faites 3 respirations lentes.
- Pliez la feuille. Vous n'avez pas à la relire ni à la montrer.
Si l'émotion devient trop forte, interrompez l'exercice, regardez cinq objets autour de vous et nommez-les à voix haute. En parler ensuite avec un professionnel peut être utile.
Ce que peut offrir un accompagnement
En tant que psychopraticienne, je propose un espace d'écoute sans jugement, où la perte peut être dite avec ses mots, à votre rythme. Mon rôle n'est pas de remplacer votre équipe médicale ni votre rééducation, mais de compléter ce soutien en prenant en compte ce que vous vivez intérieurement.
Quand consulter ?
Si vous vous reconnaissez dans ce qui suit, il peut être pertinent d'en parler à un professionnel :
- Votre tristesse ou votre colère occupent presque toutes vos journées, des semaines après l'intervention
- Vous évitez le miroir, le regard des autres, ou les situations où votre corps pourrait être vu
- Vous vous isolez ou n'avez plus envie de voir vos proches
- Votre sommeil est perturbé ou des pensées reviennent en boucle
- Vous avez le sentiment que personne ne comprend, ou que vous n'avez pas le droit d'être triste
À Cagnes-sur-Mer, je reçois les personnes qui traversent ce type de perte. Nous prenons le temps de mettre des mots sur ce qui se vit, sans pression et sans échéance.
Important à savoir
Pour toute douleur ou sensation inhabituelle dans la zone concernée, parlez-en d'abord à votre médecin ou à l'équipe qui vous suit. Un accompagnement psychologique ne remplace pas un suivi médical.
Si des pensées sombres ou l'envie d'en finir apparaissent, contactez sans attendre le 3114 (numéro national de prévention du suicide, gratuit, 24h/24) ou les urgences.
Vous n'avez pas à traverser cela seul : demander de l'aide est une façon de prendre soin de vous.

